jeudi, mars 19, 2026

Les gardiens historiques de Cordouan, dernier phare habité de France, menacés par une coupe budgétaire

Les gardiens de Cordouan menacés par une coupe budgétaire
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Depuis plus de quatre siècles, il éclaire l’estuaire et représente symboliquement l’embouchure de la Garonne. À l’intersection des départements de la Gironde et de la Charente-Maritime se dresse le phare de Cordouan, un monument historique classé et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2021. Il s’agit du dernier phare en France à être constamment surveillé par des gardiens tout au long de l’année. Selon les partisans du monument, une présence essentielle à son bon fonctionnement est remise en cause pour des raisons budgétaires.

Depuis 2010, le phare de Cordouan est principalement financé par des subventions publiques, sous la gestion du SMIDDEST (Syndicat mixte pour le développement durable de l’estuaire de la Gironde). Alors que les dotations des collectivités locales diminuent rapidement, le phare représente aujourd’hui un coût supérieur à ses revenus. Selon Philippe Dutrénit, trésorier de l’association des phares de Cordouan et de Grave, les recettes annuelles s’élèvent à plus de 300 000 euros, générées par environ 27 000 visiteurs qui paient un droit d’entrée d’environ 15 euros par personne. Cependant, le syndicat affirme être en situation de déficit annuel compris entre 100 000 et 200 000 euros.

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La variation observée peut s’expliquer par les importants investissements réalisés récemment dans la restauration du phare, comme l’admet Jean-Marie Calbet, président de l’association des phares de Cordouan et de Grave. La réalisation d’une structure en béton en 2005 a engendré des coûts s’élevant à 5 millions d’euros, tandis que le dossier de candidature à l’UNESCO nécessiterait également un budget d’au moins 5 millions d’euros sur une période de cinq ans, voire davantage, pour une restauration complète.

Dans le cadre des économies envisagées, les autorités suggèrent ainsi de ne pas recourir aux services des gardiens pendant la saison hivernale. Pour l’association, la multiplication des actes de vandalisme est considérée comme une aberration. Selon Bruno Gasteuil, secrétaire de l’association des phares de Cordouan et de Grave, la possibilité d’accoster facilement à marée basse offre aux individus malveillants l’opportunité d’attaquer la sculpture, la décoration et les objets exposés. De plus, la réaction des autorités risque d’être retardée en raison de l’isolement en mer de ce phare.

Je n’ose même envisager les conséquences si des individus décidaient d’occuper illégalement le phare en y passant la nuit. Jean-Marie Calbet occupe la fonction de Président de l’association des phares de Cordouan et de Grave.

Selon l’association, les gardiens dépassent largement leurs fonctions en tant que gardiens de phare. « Ils pratiquent l’aération et la ventilation afin de prévenir la détérioration due à l’humidité, et en cas de bris de vitre causé par un oiseau, ils interviennent pour remplacer le carreau. De plus, ils s’occupent du rejointoiement des pierres… », souligne le président. « Leur approche proactive se traduit par une réactivité immédiate sans attendre une assistance extérieure, démontrant ainsi leur capacité à effectuer les réparations par eux-mêmes. » C’est une tâche quotidienne qui contribue à maintenir le phare en bon état jusqu’à ce jour.

Actuellement, le phare est toujours sous la gestion du SMIDDEST en vertu de la reconduction tacite de la convention qui a expiré le 31 décembre dernier. Cependant, en dépit des avertissements lancés par ses partisans, aucune possibilité n’est exclue. Dans le scénario le plus défavorable, le monument sera dépourvu de ses gardiens chaque hiver, de novembre à avril, et ces derniers seront remplacés par des dispositifs de télésurveillance.

L’association regroupant les phares de Cordouan et de Grave exprime son souhait de s’impliquer dans les pourparlers afin d’explorer d’autres alternatives. Selon Philippe Dutrénit, en plus des gardiens, le SMIDDEST emploie du personnel administratif et gère une petite boutique qui emploie deux personnes. Cependant, cette boutique ne peut pas générer de profits car les visiteurs ne passent pas plus de 1h30 au phare. Ils ne s’attardent pas à la boutique, qui est assez succincte, le temps de monter et descendre. Il est possible de réaliser des économies en explorant cette piste.

En décembre dernier, l’association a été reçue à la sous-préfecture de Lesparre afin d’étudier les possibilités d’accroître les revenus générés par le phare, sans que d’autres solutions d’économies ne soient mentionnées par les autorités. Pendant ce temps, le phare de Cordouan demeure imposant au large de la côte néo-aquitaine, qu’il soit en activité toute l’année ou uniquement pendant la saison estivale.

Le phare de Cordouan est situé à l’embouchure de l’estuaire de la Gironde, à environ sept kilomètres en mer. Construit entre 1584 et 1611 par l’ingénieur Louis de Foix, il est le plus ancien phare de France encore en activité et est souvent surnommé le « Versailles de la mer ».
Caractéristiques principales
Attribut :
Hauteur 68 mètres
Nombre de marches : 301
Année d’inscription UNESCO : 2021
Statut Classé Monument Historique depuis 1862
Automatisation Oui, depuis 2006
Accès et visites

Le phare est accessible uniquement à marée basse, et les visites sont encadrées par des gardiens. Les visiteurs peuvent découvrir l’intérieur du phare et profiter d’une vue panoramique après avoir gravi les marches.

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